L'Anses ausculte les métiers des déchets
6 mois après avoir publié un rapport très complet et émis une alerte sur les conditions de travail des agents de propreté, l’Agence nationale de sécurité sanitaire Anses, vient d'émettre un avis concernant « les métiers de la gestion des déchets ». Au travers d'un document de plus de 350 pages, l'Anses pointe les risques professionnels élevés, liés à une forte poly-exposition de ces métiers : risques biologiques, chimiques, physiques, biomécaniques et organisationnels. En France, la filière des ordures ménagères mobilise environ 40 000 agents de collecte, 10 000 travailleurs du tri, 4 000 salariés de l’incinération et plus de 5 000 agents en déchetterie.
Les accidents du travail sont fréquents et parfois graves. Les principaux accidents recensés concernent les collisions engins/piétons, les accidents de circulation, les incendies, les explosions de batteries lithium, les accidents de machines (convoyeurs, compacteurs, presses), ainsi que les chutes de hauteur. Les travailleurs subissent aussi des coupures et piqûres liées aux déchets dangereux ou mal triés (seringues, verre cassé).
Bactéries, moisissures et endotoxines
Sur le plan sanitaire, les salariés du tri des déchets sont exposés à des concentrations importantes de poussières, bactéries, moisissures et endotoxines. Certaines mesures montrent des niveaux d’endotoxines jusqu’à 100 fois supérieurs aux valeurs limites recommandées. Plus de 24 études ont mis en évidence des concentrations élevées de moisissures et de bactéries dans l’air des centres de tri. Les effets sur la santé les plus documentés sont les troubles musculo-squelettiques (TMS), particulièrement au niveau du dos, des épaules et des membres supérieurs, liés aux gestes répétitifs et aux postures pénibles. Les salariés présentent également des troubles respiratoires (asthme, bronchites, irritations), des symptômes gastro-intestinaux, des atteintes cutanées et certaines maladies infectieuses comme la leptospirose ou l’aspergillose. Enfin, le rapport souligne une forte pénibilité psychologique : travail répétitif, cadences élevées, faible autonomie, précarité de l’emploi et exposition quotidienne aux déchets, avec un risque accru d’atteinte à la santé mentale.


